Ramadan: et si on chassait les idées reçues ?

Le ramadan a débuté lundi 1er août. Les musulmans doivent notamment s’abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil, durant cette période sacrée. L’occasion d’un micro-reportage à Marseille, au moment de la rupture du jeûne.

Il était une fois un caravanier mystique qui se rendait fréquemment méditer dans une grotte du Hedjaz (une région d’Arabie Saoudite du Sud-Est). Un soir, l’archange Djibril (Gabriel) lui révèle qu’il est un prophète et lui délivre le message de Dieu. Cet homme est Mohammed et cette nuit s’appelle « La nuit du destin ».

Mogni Bacari a fait le hadj, le pélerinage à la Mecque.

C’est ce que nous apprend Ben Bacari, le plus jeune des fils de Mogni et Hadidja Bacari. Cette famille de neuf personnes vit depuis longtemps à Marseille. Rendez-vous a été pris pour célébrer l’iftar, la rupture du jeûne du ramadan. Les Bacari sont un peu à l’image de Marseille, multiculturels. Le père est Comorien de Ngazidja (l’île du milieu de l’archipel où se trouve Moroni, la capitale), et a longtemps vécu à La Réunion. La mère, quant à elle, a vécu à Madagascar avant de se marier, et fait encore des ménages. L’aînée des filles, Zalhata, qui a un temps travaillé au Consulat des Comores, a une charmante petite métisse pleine de vie, Sarane, dont le papa est Varois. Un beau mélange des cultures.

Une religion d’ouverture

En montant les escaliers qui conduisent à la cité de la Simiane, dans un paisible immeuble, les senteurs deviennent plus aïgues. On hume la chorba, la soupe maghrébine, on exhale les épices de la cuisine pakistanaise, mais surtout on sent la cuisine de l’Océan Indien. La table commence déjà à se garnir, avec en cuisine Chamsia, 14 ans. Elle mijote un bon petit Mtsambu, une soupe comorienne, assez relevée. Il y a aussi du poulet, du bœuf, de succulentes galettes à la farine de maïs (succulentes). Car Hadidja Bacari nous le confirme, pour le ramadan, elle ne compte pas vraiment. Elle achète un peu à l’instinct, suivant les envies de la famille. « On se fait plaisir, si les enfants veulent du rougail (sauce épicée qui accompagne le poisson), je fais du rougail. S’ils veulent des lasagnes, j’achète des lasagnes. » Quitte à se serrer la ceinture le mois suivant. Cette semaine, Hadidja a acheté dans une boucherie de Saint Joseph un mouton entier, à 150 euros.

La petite Sarane Bacari (à gauche) attend que commence l'iftar, la rupture du jeûne. (Photos Olivier Bédora)

L’agitation se fait un peu plus frénétique, quand arrive le grand frère, Chamsou. Il a fait la guerre en Afghanistan de 2006 à 2008. Il en est revenu complétement tranformé. Il ne comprend pas pourquoi les politiques passent leur temps à dénigrer l’islam français. Pour lui, c’est une religion d’ouverture, et le ramadan est un moment convivial, où les familles invitent leurs amis. On appelle cela le Zakat Al Ramadan (littéralement l’aumône du Ramadan). C’est un moment où la recherche de spiritualité devient plus importante, où la bonté est érigée en vertu comme nous le raconte Ben, le plus pieux de la famille. C’est lui qui résume le mieux la situation. « J’ai un ami d’origine espagnole, il s’appelle Kevin. On parle souvent de religion ensemble. Je lui parle du ramadan, je lui dis pourquoi on ne mange pas, on ne boit pas, on ne fume pas pendant ce mois saint, et lui il me pose des questions. J’ai même des copains qui veulent jeûner avec nous. » Et c’est vrai que cela fait du bien de réfléchir au sens profond de la vie accompagné d’un bon tchaï (thé) comorien.

Olivier Bédora
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