Homosexualité :« Saint-Etienne est une ville qui a appris à accepter la différence »

Frédéric Morlot et Philippe Chastel, à l’Espace Boris Vian de Saint-Etienne.

Philippe Chastel et Frédéric Morlot s’occupent du festival Autrement Gay et travaillent tous deux au centre socioculturel Boris Vian à Saint-Etienne. Philippe Chastel, 45 ans, en est le directeur alors que Frédéric Morlot, 25 ans, vient tout juste de s’installer dans la cité stéphanoise. Tous deux nous livrent leurs impressions sur la situation actuelle de l’homosexualité à Saint-Etienne.

 

Est-il difficile d’afficher publiquement son homosexualité à Saint-Etienne ?

Frédéric Morlot : Moi je suis originaire de Roanne et depuis que je suis arrivé à Saint-Etienne, il y a quelques mois, ça se passe relativement bien. J’ai un copain et on peut se balader main dans la main dans la rue. Bien sûr, on a droit parfois à quelques réactions, à des coups de klaxons mais c’est rare. Les gens ne font pas attention en général. Il y a une certaine banalité qui s’est instaurée. Même à Roanne, je n’ai jamais eu de problèmes. Depuis quelques années, ça a changé grâce à la télé notamment où désormais les homos sont montrés comme des personnes à part entière, fondues au milieu des autres.

Phillipe Chastel : J’ai tendance également à dire que ça se passe bien mais c’est quand même pas gagné. Pour les filles, ça commence à aller. Des couples peuvent se tenir la main dans la rue sans que cela pose problème. Quand ce sont des garçons, c’est plus compliqué et on peut avoir droit à des moqueries. Mais ce genre d’agressions verbales est plus fréquent dans le monde de l’entreprise que dans la rue et ça on n’en parle pas assez.

Il y a eu pourtant des agressions homophobes récemment…

P. C. : Je pense que les agressions au mois de novembre étaient liées aux propos du groupe Sexion d’Assaut. Elles ont eu lieu quelques jours après et ce n’est pas une coïncidence à mon avis. Mais ces évènements ont eu cependant des conséquences positives. Cela a permis aux  différentes associations de défense des droits et à la mairie de travailler ensemble. Le mouvement qui a obligé le groupe à annuler ses concerts est parti de Saint-Etienne. Un livret contre l’homophobie vient d’être créée par le Conseil consultatif de la jeunesse et une charte d’éthique est en voie. Le maire s’est engagé et a permis par exemple que les cérémonies de Pacs puissent se passer à l’hôtel de ville et non pas dans une salle quelconque du tribunal.

F. M. : À Saint-Etienne, il n’existe pas de quartier homo comme à Lyon par exemple où les homos habitent pas mal autour de l’Opéra. A Saint-Etienne, c’est plus mélangé et du coup on se fond davantage dans la masse. Tout le monde se respecte.

« Avoir 20 ans à Saint-Etienne et être gay, ce n’est pas simple… »

P. C. : Ici, c’est vrai que ce n’est pas comme à Paris où certains gays ne vont chez le médecin seulement s’il est gay par exemple… Je pense que la configuration et l’histoire de la ville de Saint-Etienne y fait beaucoup. La population homo y est acceptée car c’est une ville très métissée, qui a connu des vagues d’immigrations successives du fait de son passé minier. De plus, c’est une ville étudiante qui donne ainsi un bon équilibre sociétal. Saint-Etienne est une ville qui a appris à accepter la différence.

En ce qui concerne la vie nocturne, êtes-vous satisfaits de l’offre stéphanoise ?

P. C. : C’est vrai qu’il existe peu d’endroits où sortir à Saint-Etienne. Tout le monde va à Lyon où il existe un nombre établissements important. Par exemple, une ville comme Clermont Ferrand a une offre plus importante car c’est un chef-lieu régional qui attire les homos de toute la région. Il y existe deux boîtes homos par exemple. Et c’est la même chose partout en France. Ainsi il n’y pas plus d’établissements à Saint-Etienne qu’à Bourg-en-Bresse ou à Valence. Tout se passe à Lyon. D’ailleurs à Saint-Etienne, il n’existe  pas d’établissements complètement homo. Ils sont mixtes car sinon ils auraient du mal à en vivre.

F. M. : Je ne sors pas beaucoup dans le milieu gay. Je fais davantage des soirées chez moi où avec mon groupe d’amis à Roanne… comme tout le monde ! Et on va dans des endroits où tout le monde va. Je sais qu’à Lyon, il existe des bars où seuls les homos sont acceptés et d’autres où les filles sont refusées par exemple. Cela n’existe pas à Saint-Etienne.

« Le délai pour porter plainte contre des propos homophobes est plus court que celui concernant des propos racistes »

P. C. : Beaucoup de gays et lesbiennes n’ont pas besoin de se retrouver dans des endroits spécifiques. Cela dépend de ce que l’on recherche. Je crois que la plupart sont comme Frédéric et moi, ils s’invitent entre eux et font des soirées chez eux, comme tout le monde en fait. Je pense que plus on va dans des lieux réservés aux homos, plus on se démarque et moins on va dans l’acceptation des autres.  Il est cependant important qu’existe des endroits comme le Zanzi Bar à Saint-Etienne qui attire une certaine tranche d’âge car je pense qu’avoir 20 ans à Saint-Etienne et être gay, ce n’est pas simple. A Lyon, c’est plus facile.

Que pensez-vous d’un événement comme la Marche des fiertés ?

F. M. : Je ne vais pas y participer cette année. Je l’ai fait une fois mais je trouve que c’est trop communautaire et que ça ne sert pas complètement la cause car cela ne permet pas de s’intégrer. Attention, je ne dis pas que ça ne doit pas exister et je pense même que c’est important que ça existe car, sans cela, nous n’en serions pas arriver là. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce type de démarche.

P. C. : Pour ma part, je suis ni pour, ni contre… C’est un excellent moyen pour militer, plus il y aura de monde, plus cela fera avancer le mouvement homosexuel donc c’est utile.  Mais je me sens moins militant qu’engagé. Je ne revendique pas un droit supplémentaire parce que je suis gay mais je demande simplement être considéré comme n’importe quelle personne. En revanche, quand je pense au fait que le délai de prescription pour porter plainte contre les propos racistes est de douze mois alors qu’il n’est que de trois en ce qui concerne les propos homophobes, là ça vaut le coup de descendre dans la rue.

Yvan Camboulives
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