Billet : Chignons et Ballon rond

En pleine période creuse de la saison footballistique, si l’on met à part la folie du Mercato et des transferts, une exposition médiatique exceptionnelle est offerte au football féminin. Exceptionnelle, je m’entend ; aussi exceptionnelle que puisse être l’exposition médiatique d’un sport plus que masculin qui se féminise. À la veille d’une rentrée footballistique qui verra l’équipe féminine de l’OM faire ses premières passes à la Commanderie, le foot féminin fait parler…

On avait pris l’habitude depuis France 98 de voir des femmes dans les gradins, arborer le maillot de leur équipe favorite, un drapeau bleu-banc-rouge dessiné sur la joue. France 98, ou treize ans avant l’histoire des quotas, c’était le mythe black-blanc-beur ; c’était aussi là que le football véhiculait des valeurs et attirait ces dames autour des pelouses.

Et à l’heure où le foot connaît une crise morale sans précédent, tout ce qui n’est pas foot bling bling est en odeur de sainteté chez les prêcheurs de sport valeureux. Les nageurs, les athlètes et les handballeurs français en ont fait l’expérience et ont du porter sur leurs « frêles » épaules, au lendemain de leurs victoires, tout le poids des valeurs positives de ce qu’on veut appeler le « beau sport ».

Oui, le sport se cherche de nouvelles trognes positives. Le foot est sale, le foot est corrompu, le foot c’est le fric, bref le foot pue. C’est dans cette atmosphère nauséabonde que l’on nous sert la Coupe du Monde de foot féminin. Les figures angéliques du sport maudit. Les héroïnes chevaleresques du ballon rond.

Elles sont descendues des gradins depuis le Mondial 98, elles ont rejoint la pelouse. Désormais tacle, pénalty, hors – jeu, et coup franc font partie de leur vocabulaire.Et ce n’est pas pour déplaire : le regard sur le foot féminin change. L’Équipe a réalisé deux Unes en un mois sur les filles du foot ; alors si l’Équipe le dit…

Les exploits actuels de l’équipe de France féminine en Allemagne excitent les passions et n’ont de cesse de multiplier les convertis. Alors les comparaisons avec le football masculin des experts ès football-de-comptoirs-de-bar, sont bien sûr inévitables et peut-être inutiles ; dans la mesure où l’intérêt du foot féminin réside sûrement dans ce qu’il a de différent. Déplorer le manque de vitesse ou d’intensité athlétique revient à se demander pourquoi est ce que Marion Bartoli n’a pas la puissance de Rafael Nadal : inutile.

Les différences physiques sont effectivement là : moins d’impacts physiques et de chocs violents, mais n’est ce pas le propre d’un sport féminin ? Ne peut-on pas accepter que les filles sont moins physiques que les garçons, que leur manière d’aborder un sport est forcément différente ? Un siècle de foot masculin rend-il impossible l’éclosion d’un foot féminin qui resterait féminin ? Et puis un foot féminin qui se masculiniserait serait-il meilleur pour autant?

Non, c’est là un autre football. Sur le terrain, on veut l’emporter, on assiste à des duels, on veut s’emparer de la profondeur ; les gestes techniques sont audacieux, les idées sont là, l’engagement est fort. Et le résultat est enthousiasmant.

D’aucuns dénonceront cette médiatisation soudaine. Ils expliqueront qu’on se sert des filles du foot comme on se sert des petits poucets de la Coupe de France, ambassadeurs de la masse des amateurs, pour faire oublier un temps les vices qui entachent le football, le vrai, le dur, le mâle.

Du mondial foireux aux quotas scandaleux, les hommes ont manqué de nous faire rêver. Et ça les médias l’ont bien noté, il a donc fallu nous servir du handballeur héroïque et du nageur valeureux. Quoi ? Il faut bien faire rêver le bon peuple pour pas qu’il se préoccupe d’autre chose !

Redorer le blason « short-crampons-voitures canons » n’est pas une mince affaire. Quoi de mieux que des filles en shorts pour le faire ? Oui mais ce qui est à craindre c’est qu’à la rentrée, une fois que les Cissokho, Gameiro et autre Ayew auront rechaussé les crampons, ces demoiselles doivent renfiler les talons.

Après la médiatisation du Mondial, les problèmes quotidiens et l’absence de soutien de la Fédération referont surface, laissant un goût amer aux 60 000 licenciées françaises. Utiliser le foot féminin pour nous faire oublier les bêtises de Ribéry et d’Evra n’est pas la bonne solution ; laisser aux filles une occasion plus longue que celle d’un mondial pour nous montrer ce qu’elles savent faire est essentiel.

Jérôme Latta, rédacteur en chef des Cahiers du Football explique qu’il n’est pas question que le foot change de sexe, juste qu’il prenne conscience qu’il en a deux. Qui dit mieux ?

Célia Rahiel
Publié sur http://www.newsofmarseille.com/actualite/editof-marseille/
Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s