Les révoltés d’Athènes ne lâchent pas le pavé

Campement des révoltés, place Syntagma, depuis 40 jours (Crédits photos : NG/AH)

Depuis le mois dernier, le mouvement de contestation citoyenne grec s’est accéléré. Sur la place Syntagma, face au Parlement d’Athènes, les révoltés occupent les lieux et résistent.


Cela fait déjà 40 jours que les révoltés d’Athènes squattent la place Syntagma. Ils ont installé des tentes et des coins de vie, avec tables et cuisines sur les pelouses de la place. Début  juin, les premiers manifestants se sont résignés à venir dormir devant le Parlement, pour convaincre le gouvernement de ne pas appliquer les mesures restrictives prévues. Jeudi dernier, leur voix n’a pas été entendue : la Grèce a voté un second plan d’austérité. Cette  décision a été suivie d’une manifestation violente dans les rues de la ville. Le lendemain, les Grecs ont repris place à Syntagma, bien décidés à ne pas faiblir. Si l’été les mouvements sociaux s’essoufflent souvent vite, pour ces manifestants, l’occupation durera jusqu’à la rétractation du gouvernement. Chaque jour, travailleurs, étudiants et touristes passent sur cette place emblématique d’Athènes où les affiches, les slogans et les banderoles se multiplient. Ils seraient près de 200 à vivre et dormir sur la place et près de 400 à occuper occasionnellement les lieux. A première vue, la vie du camp est plutôt rudimentaire et la chaleur rend le site un peu plus sale et dur à vivre chaque jour.

30 équipes de travail

Pourtant, les révoltés d’Athènes sont bien rodés. Selon Dimitris, 33 ans, qui gère le point de ralliement du camp : « pour tenir longtemps il faut une bonne organisation ». Ancien barman établi à Syntagma depuis le premier jour, Dimitris contribue à répartir le travail du camp en 30 équipes : dix sont des équipes techniques -nettoyage, cuisine, surveillance, communication, traduction- , les vingt autres sont des équipes dites thématiques où l’on vient s’exprimer et échanger sur la justice, la politique et l’économie. Au point de ralliement, en plein centre, des panneaux trônent, indiquant les tâches et les attributions de chacun. « Lorsque quelqu’un rejoint le mouvement, on le place dans une équipe de travail. Certains sont d’office assignés à des missions, comme les médecins qui viennent nous soutenir et qui rejoignent l’équipe médicale », poursuit Dimitris. Le soir, le camp se transforme en agora publique. Dès 19 heures, les Athéniens sont invités à venir s’exprimer au micro. Là encore, les temps de parole sont établis à l‘avance et l’on doit attendre son tour pour s’exprimer. Pour ces manifestants, la voix unique n’est pas une solution. S’ils tiennent un discours commun récalcitrant aux mesures prises par le gouvernement, ils souhaitent que chacun exprime son opinion, pour enrichir les débats.

Violences policières démesurées

 
Une organisation incroyable qui n’évite pourtant pas les confrontations avec les forces de l’ordre. Ore, 28 ans, jongle entre son travail dans la finance et la place Syntagma. Il n’arrive toujours pas à croire à la violence avec laquelle les autorités répriment le mouvement. La semaine dernière les altercations ont été particulièrement musclées. Il nous parle des visages en sang, de la panique, des policiers qui jettent des pierres et de la foule assaillie de toute part par les gaz lacrymogènes pendant presque 7 heures. Plus grave encore il nous explique que les CRS ont utilisé des pompes pour envoyer du CS gaz. Une arme chimique 10 fois plus toxique que les gaz lacrymogènes normaux, provoquant de terribles douleurs et dont l’utilisation est interdite par la convention de Genève. Un dénominateur commun des répressions policières, déjà utilisé à Gênes, Seattle, Seoul ou encore en Palestine. A Athènes, même le poste de premier secours a été la cible de tirs. La foule s’est réfugiée dans la station de métro et plus de 1.000 personnes ont été reçues dans les hôpitaux. La violence des autorités fait pourtant face à une détermination acharnée.
Les occupants de la place Syntagma ne veulent pas répondre au nom d’Indignés, trop connoté par le désespoir. Ils se disent décidés et révoltés, certainement pas prêts à baisser les bras. Pour Ore, toute la différence tient à ce qu’« il ne s’agit pas d’une révolution mais de toute une société qui est prête à se révolter, au-delà des frontières ».

Circulation d’opinion et résistance

 
En Grèce le mouvement s’est étendu aux autres villes et est supporté par une large majorité de la population. Une acception qui fait écho au principal enjeu de ces militants : la real democracy. Georges, 30 ans, un des fondateurs de la radio pirate Entasifm, s’affaire sous une bâche, cigarette à la bouche, alors qu’une chanson de Led Zeppelin est envoyée sur les ondes. Pour lui « le système capitaliste est un des systèmes les plus intelligents mais qui a l’énorme défaut de rendre les gens esclaves et malheureux ». Face à une telle situation, il n’entrevoit qu’un seul moyen pour s’en sortir : la solidarité au-delà des idéologies et des classes sociales. Malgré les degrés, les installations précaires, la fatigue et le stress, les révoltés d’Athènes résistent.
Les plus déterminés l’affirment : avec une telle organisation et une volonté tenace, ils devraient pouvoir passer l’été et mener à bien de nouvelles actions dès le mois de septembre.

Alice Hancquart et Nina Gazaniol (www.lepetitjournal.com/athenes.html)
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