Profil : paysan résistant

Ancien secrétaire général de la Confédération Paysanne Loire, Philippe Marquet est accusé du blocage d’une usine Lactalis en août 2009. Portrait d’un agriculteur qui essaie de vivre tant bien que mal de son métier.

« Voilà maintenant qu’elles sont obligées de s’attaquer au buis… ». Même quand Philippe Marquet regarde ses vaches dans le pré, cela n’est guère motif de réjouissance. La sécheresse sévit alors durement dans les Monts du Lyonnais, où est située la ferme de Guillot-Gros. Et avec elle, se profilent la perspective de mois à venir difficiles, de déficits qui se creusent et la nécessité de nouveaux emprunts…

Des soucis supplémentaires dont se serait volontiers passé l’ancien secrétaire général de la Confédération Paysanne de la Loire. Mercredi 1er juin, il comparaissait devant le tribunal de grande instance de Saint-Etienne poursuivi, avec la Confédération Paysanne, par le groupe laitier Lactalis suite aux manifestations organisées en 2009 contre l’effondrement du prix du lait. L’entreprise reproche au syndicat agricole et à son leader local de l’époque d’avoir bloqué l’une de ses usines, à Andrézieux-Bouthéon, empêchant ses salariés de travailler lors de la manifestation du 17 août. Le tout juste quadragénaire reste confiant quant à l’issue du procès, convaincu de la qualité de la défense présentée par Maître Julien. « Tout se jouera sur le fait que le juge considère qu’il y a eu blocage ou pas », résume-t-il. Verdict le 14 septembre prochain. 14 000 euros de dommages et intérêts sont demandés par Lactalis.

 

VRP pendant treize ans

Quarante-huit heures après l’audience, les traits sont encore tirés. « La fatigue, c’est pas un problème, tient-il à préciser. Deux nuits et c’est reparti. ». C’est que Philippe Marquet n’est pas de ceux qui abandonnent au premier obstacle venu. Son installation comme agriculteur, il l’a réfléchie longtemps avant de réaliser ce « rêve d’enfant ».  Un enfant du coin dont les parents n’étaient pas paysans et qui laissa mûrir son projet pendant plusieurs années. Ainsi, il attendit l’âge de trente-trois ans pour jeter son dévolu sur ce petit bout de terre situé à proximité de Maringes. Jusque là, il endossa pendant treize ans la fonction de VRP pour un fabriquant de tracteurs. « Une expérience qui m’a permis de sillonner les routes de France, de fermes en fermes, et de nourrir mon projet grâce à mes observations ».

Le jour du procès, ils étaient également venus de toute la France pour manifester leur soutien. A la sortie de l’audience, face à cette foule massée des deux côtés du palais de justice, il craqua l’espace de quelques secondes et ne put retenir quelques larmes. « C’était très fort…C’est cette solidarité qui peut nous permettre de nous en sortir ». Des actions menées en 2009, les producteurs de lait n’ont obtenu que peu de bénéfices. « Cela a permis de faire reculer la contractualisation laitière, analyse-t-il. Mais le rapport de force en faveur de l’industrie laitière n’a pas changé. C’est elle qui continue à fixer les prix. » Et de souligner la nécessité pour les éleveurs de s’organiser pour adapter leur production à la demande. « Il faut qu’on se prenne en main ! ».

Engagé dès le premier jour de son installation

Pour lui, la solution actuelle réside dans le circuit court. Il prend pour exemple sa propre ferme qui fonctionne en bio. En 2008, sa femme Edith a installé un élevage de poules pondeuses dont les œufs sont vendus directement sur les marchés et via les AMAP. Résultat : 750 euros de gains par mois, chiffre identique à celui obtenu grâce à la production de lait de ses trente Montbéliardes. Une troisième associée va rejoindre la ferme du Guillot-Gros pour organiser sur place la transformation laitière, « seul moyen de capter la valeur ajoutée pour les petites fermes ». Avant de poursuivre : « En 2009, on a passé six mois sans se payer. Il y a environ 600 suicides de paysans par an en France. Le ministère de l’agriculture certifie que tous ne sont pas dus à des problèmes économiques mais c’est des conneries… ». Un motif d’indignation supplémentaire pour celui qui s’est engagé syndicalement dès le premier jour de son installation.

Philippe Marquet est conscient que de nombreux combats restent à mener. En premier lieu, il ne compte pas laisser sans suite les actes de violence subis par certains manifestants avant le procès. « Les forces de l’ordre ont chargé sans sommation, observe-t-il. Plusieurs personnes ont été blessées et une hospitalisée, c’est intolérable. Nous sommes tombés dans un véritable piège destiné à casser le mouvement. » Dès le lendemain, il est allé rendre visite au mouvement des indignés à Saint-Etienne. Quelques jours auparavant, c’étaient d’anciens résistants qu’il avait rencontré sur le plateau des Glières. « Je me rends compte ainsi que beaucoup de personnes sont d’accord sur le fond. Et ça, c’est un gros motif d’espoir ».  Et quand on lui parle des conséquences d’une possible condamnation, il répond simplement que le plus important, « c’est de protéger ma famille et mes trois filles. »

Yvan Camboulives
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