L’écho libyen à Marseille

Le Collectif Solidarité Maghreb est le porte-voix des révolutions arabes dans la cité phocéenne. Jeudi 3 mars, il organisait une conférence sur « Les raisons du soulèvement en Libye » à la Maison du Maroc, marquée par la présence d’un des rares Libyens de la région, Ahmed*. Vivant en France depuis cinq ans, il a rappelé l’histoire de la Libye sous Kadhafi ; comment le dictateur est arrivé à la tête du pays en promettant de donner le pouvoir au peuple ; comment, après seulement quelques années, sa politique a radicalement changé, conduisant aux arrestations et assassinats de tous ses opposants. Ahmed a personnellement vécu les exactions de ce pouvoir. « Kadhafi m’a privé de mon père. Il l’a emprisonné en 1978 et lui a pris tous ses biens. Atteint d’un cancer, il a été libéré en 1981, mais avec une interdiction de quitter le territoire. Vu le système de santé en Libye, cela revenait à le priver de soins. Il est mort en moins de six mois. »

« Tous les Libyens sont des victimes de Kadhafi »

Contactée par téléphone, Amal*, la femme d’Ahmed, a accepté de nous raconter son vécu de la révolution depuis la France : « C’est un désir ancien pour tous les Libyens de voir Kadhafi partir. Mais ce sont des jours difficiles car pour arriver à la liberté, il faut des sacrifices et beaucoup de gens sont morts, même des innocents. Et chaque jour, Kadhafi tue plus de Libyens en espérant leur faire peur, mais nous l’en détestons davantage. Nous voulons qu’il parte et soit puni sévèrement, et nous rêvons de liberté encore plus qu’avant». Amal a quitté la Libye à 34 ans. Elle a dû attendre longtemps avant d’obtenir une bourse du gouvernement libyen pour venir étudier en France, mais elle retourne là-bas tous les étés : « C’est un très beau pays avec la mer, la montagne, la nature. Même sans le pétrole, on pourrait vivre du tourisme et de l’agriculture, mais Kadhafi a tué tout ce qui est bon en Libye. Il ferme la porte au bonheur et à la richesse pour tous les Libyens ». Et elle a encore de la famille à Tripoli, même s’il est parfois difficile de la joindre : « Comme Kadhafi et ses proches y vivent, la ville est très protégée. Du coup, les habitants ont peur et restent chez eux. Les rues sont presque vides. »

Au fil des interviews, des mots sont revenus régulièrement pour décrire Kadhafi : « boucher », « cas psychiatrique », « fou ». La phrase la plus marquante reste: « Il ne peut pas être président ».

Angélique Bouchet

* Les prénoms ont été modifiés. Amal signifie « espoir » en arabe.

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