Qu’attendent les syndicats des politiques marseillais ?

La vie syndicale marseillaise est à l’image de la ville : pareille à nulle autre. Ils sont, ici, bien mieux implantés que dans les autres villes de France. Chez les agents territoriaux, par exemple, le taux de syndicalisation flirte avec les 60 % quand la moyenne hexagonale plafonne difficilement à 8,5 %… Si fortement représentées, les organisations syndicales disposent d’une réelle légitimité. Légitimité qui leur permet de peser lourd dans les discussions et d’imposer leurs exigences aux collectivités locales.

Mais ce qui surprend plus encore les « estrangers », peu habitués à la gestion des affaires marseillaises, c’est la manière dont la mairie gère la situation. L’Institution n’accepte de discuter qu’avec le syndicat majoritaire, Force Ouvrière (FO) qui représente 47% des syndiqués. C’est Gaston Deferre qui avait institué cette manière de faire que Jean-Claude Gaudin a reprise. Cette méthode a l’avantage, pour l’exécutif local, de simplifier le dialogue social en limitant le nombre d’interlocuteurs et donc les concessions. Mais, revers de la médaille, elle fait de FO un interlocuteur inévitable qu’il est crucial de charmer.

« Jean-Noël Guérini aime faire des cadeaux… »

À ce sujet, Patrick Rué, secrétaire général adjoint FO des territoriaux de Marseille reconnaît que « les politiques essaient bien souvent de nous amadouer. Mais ces numéros de danse du ventre ne nous influence pas. Et M. Rué de rappeler que, lors des dernières municipales, FO est le seul syndicat qui n’a pas donné de consignes de votes ! Et c’est nous qu’on accuse jouer le jeu des politiques ! » Mais, force est de constater que le statu quo constituait, pour le syndicat, une assurance de garder sa position dominante et de continuer à faire valoir ses intérêts propres auprès d’une Mairie soucieuse d’entretenir des relations harmonieuses avec lui. Le syndicaliste reconnaît d’ailleurs que certains membres de FO ont tracté en faveur de Jean-Claude Gaudin en 2008. « On peut adhérer à FO quelque soit son appartenance politique. Et chaque camarade est libre de militer pour qui il l’entend à titre individuel ».

Mais le fait est que Force Ouvrière est suspecté d’abuser de sa position de favori des politiques locaux. M. Rué lui-même a d’ailleurs été récemment impliqué dans une affaire d’attribution frauduleuse de logements sociaux. Selon des écoutes téléphoniques réalisées en 2009, Jean-Noël Guerini aurait joué de son influence pour réserver certains appartements au syndicat. Interrogé à ce sujet, M. Rué répond simplement qu’il n’a fait que faire remonter les demandes qu’il a reçues. Mais, « M. Guerini aime faire des cadeaux… » a-t-il confié au site d’information Bakchich.fr, le 7 janvier.

« Si on s’était battu pour nous, on aurait obtenu ce qu’on voulait en trois jours »

Étouffée par la mairie et suspicieuse sur les liens suspectés consanguins qui l’unissent à FO, l’intersyndicale a pris l’habitude de se structurer en opposition au syndicat majoritaire sur Marseille. Une scission qu’on a d’ailleurs pu constater en octobre dernier, au moment de la rupture de la dernière grève du ramassage des ordures. FO avait « négocié » la fin de la grève contre l’avis de l’intersyndicale. « On n’a pas compris, confie Roger Aymard, porte parole FSU-SDU à la Communauté Urbaine de Marseille. Le mouvement [de grève du ramassage des ordures, ndlr]commençait à faire florès dans le reste du pays et c’est le moment qu’ils choisissent pour tout arrêter ! Et en plus,

F.O. mobilisé contre la réforme des retraites, en octobre 2010

ils n’ont rien obtenu de concret ! » Et en effet, F.O. s’est mobilisé dans le cadre du combat contre la réforme des retraites. « Le mouvement s’essoufflait ; c’est pour ça que nous avons décidé de lever la grève le 25 octobre » explique M. Rué. « On savait qu’on allait dans le mur mais on ne prend pas part qu’aux combats qu’on est sûr de gagner ». Les Marseillais seront sans doute heureux d’apprendre que leur ville est restée jonchée d’ordures parce qu’un syndicat a voulu suivre les directives de son bureau parisien…

Mais, quand on le pousse un peu, M. Rué se laisse aller à une confidence : « Vous savez, si on s’était battu pour nous, on aurait obtenu ce qu’on voulait en trois jours ». Une petite phrase qui démontre la conscience qu’a le syndicat de sa propre force. Nous avons demandé à MPM de réagir à cette déclaration, on ne nous a pas répondu. Entre les « cadeaux » de Jean-Noël Guérini et des collectivités locales apparemment peu enclines à les bousculer, les cadres de F.O. n’ont pas à militer en faveur d’un parti pour maintenir leur hégémonie. Personne ne semble prêt à prendre le risque de bousculer la hiérarchie syndicale et de déclencher une nouvelle grève du ramassage des ordures.

Le Grand Port : cœur économique sous surveillance

Sur le port, la situation est bien différente. La marge de manœuvre des collectivités locales y est encore plus faible. C’est un établissement public, sa gestion est assurée par le directeur du port, Jean-Claude Terrier, nommé en 2008 en conseil des ministres. Il a été le seul interlocuteur des syndicats lors du conflit de la fin 2010 sur la réforme portuaire. Le caractère national des conséquences de l’arrêt de l’activité des terminaux de Fos-sur-Mer et Marseille a encore contribué à marginaliser les représentants des collectivités locales qui siègent au conseil de surveillance. Mais aussi, c’est la CGT qui est majoritaire sur le port, ce qui complique encore les relations avec la Mairie.

Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), regrette d’avoir si peu de contacts avec la mairie. La ville, en tant qu’acteur immobilier, joue un rôle crucial pour l’expansion du port, et des différences de fond opposent les deux parties. « Jean-Claude Gaudin veut en faire un port de plaisance et nous plaidons le maintien de l’activité industrielle ». Pour cette raison, M. Galéoté explique qu’il préfèrerait voir un socialiste prendre les rênes de la ville. Sa préférence irait à Jean-Noël Guérini. « Il connaît le port pour avoir siégé à son conseil de surveillance. Et il y est impliqué via une société de maintenance qui y est installée ».

Maxime Quéméner
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