Frais Vallon : un centre social qui dynamise la cité ?

La cité marseillaise de Frais Vallon, au sud de la Rose, offre un visage plus accueillant que ce qu’on pense habituellement des quartiers nord de Marseille. Essentiellement grâce à ses activités associatives, qui étrangement, attirent peu les jeunes.

Les immeubles de la cité de Frais Vallon se confondent avec le gris du ciel. Au milieu de l’après-midi, cette cité « champignon » au sud de la Rose dans le 13ème arrondissement de Marseille est quasiment déserte. Au point qu’on entend nettement la musique raï s’échappant d’un appartement, entre deux paraboles satellites accrochées à des balcons. Des arbres aux branches nues, quelques squares – mal entretenus – et des terrains de sport complètent le paysage entre les quinze bâtiments du quartier.

Description pour le moins peu attractive. Frais Vallon est en plus associée à la mauvaise image que partage l’ensemble des quartiers nord de Marseille, mêlant violence et trafic de drogue. Image particulièrement renforcée à la suite de la fusillade du Clos de la Rose le 19 novembre 2010, qui a entraîné la mort d’un jeune homme de 16 ans.

« Il faut casser cette image du quartier, s’emporte Farid. L’Etat et les médias stigmatisent chaque fait divers à Marseille alors que Frais Vallon est un endroit très tranquille« . D’origine tunisienne, Farid a vécu ses 37 années dans la cité et a repris le Nautile, l’unique brasserie PMU du coin. Il confie tout de même qu’il a vu le quartier changer ces dix dernières années, « c’est moins familial qu’auparavant, on voit plus de jeunes traîner le soir« . A ses yeux, il n’y a rien ici pour occuper les adolescents. Pourtant, différentes associations semblent se démener pour dynamiser la vie du quartier.

Des gens « hyper investis, qui veulent aider »

On trouve par exemple Multipassion, qui organise depuis 13 ans le printemps du sport. L’évènement rassemble chaque année les jeunes autour d’activités sportives gratuites. Fania, une ado d’une quinzaine d’années, qui habite la cité depuis un an, confirme cet emballement associatif : « toutes les vacances, il y a des activités sportives pour les jeunes. Et les évènements de la maison sociale sont bien communiqués. » La maison sociale, c’est le centre socio-culturel de Frais Vallon. Son dernier projet s’est fait en collaboration avec le graphiste Vincent Perrottet. Ce dernier était chargé de s’immerger dans le quartier afin de réaliser une série d’affiches pour les murs de la cité.

Au cœur du petit bâtiment abritant le siège de la maison sociale, on trouve une de ses entreprises les plus abouties. Echati et Fatou tiennent la boutique « Véti toi ». Le même concept qu’Emmaüs (vêtements donnés et revendus à très bas prix) en plein milieu de la cité. Et surtout un projet de Frais Vallon pour Frais Vallon. Les deux jeunes stylistes ont été choisies pour tenir la boutique et travailler en partenariat avec le centre socio-culturel pendant toute l’année. Toutes deux assurent qu’une dynamique forte règne dans les collectifs de la cité. « Dès qu’on est rentrées ici, on a senti que les gens étaient hyper investis, qu’ils voulaient aider. » La clientèle se compose essentiellement de femmes sans activité professionnelle. Mais « c’est aussi un lieu de rencontre. Certaines personnes âgées passent régulièrement pour discuter, pour passer du temps avec nous « , précise Echati, la tête enfouie sous sa capuche en fourrure.

Frais Vallon, par sa vie associative, brise l’image plus que pessimiste de la zone nord de Marseille. Mais mis à part au sein des activités sportives, la jeunesse de Frais Vallon est quasiment absente des différentes associations de quartier.

Les jeunes boudent les activités associatives

Hugues, la trentaine, dirige les Petits Débrouillards, une cellule de médiation scientifique qui dépend de la cité de la Science, dans le bâtiment E. Les cheveux longs et blonds tirés en arrière, en tirant sur sa clope roulée, il approuve : « nous avons pas mal de jeunes qui viennent nous voir pour travailler, mais aucun ne vient de Frais Vallon. Pourtant, nous avons effectué la même communication ici que dans les autres quartiers. »

Pourquoi les ados boudent-ils des activités associatives censées faire vivre le quartier ? Personne ne semble capable de l’expliquer. Peut-être ont-ils besoin d’être poussés par des initiatives lancées uniquement par des jeunes. A l’image du groupe Délire Motion, réunissant huit étudiants de la cité qui ont créé leur propre web radio. Leur projet ne devait durer qu’un an. Maintenant lancés, ils ont décidé de continuer l’aventure, et sont désormais associés à la maison sociale de Frais Vallon.

Antoine Bourdarias
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