L’itinéraire atypique d’un tatoueur qui monte

Florent Lorenti pratique le tatouage depuis une dizaine d’années. Pourtant, rien ne le prédestinait à un tel travail.

Aujourd’hui, l’originalité de son travail lui a permis de gagner la reconnaissance de ses pairs. Retour sur une carrière faite de ténacité et de rencontres.


Quand on entre dans la boutique de Florent Lorenti, une chose nous frappe. Chez ce tatoueur de 32 ans, on est à mille lieus du décorum que l’on imagine pour ce genre d’officine. Ici, les murs sont carrelés de blanc jusqu’à hauteur d’épaule, et on respire un parfum aseptisé. Dans ce décor, le bourdonnement de l’aiguille rappelle inévitablement celui de la fraise du dentiste. A ceci près que le praticien, ganté et engoncé dans sa blouse blanche, arbore d’impressionnants piercings sur son oreille droite.

Ce grand costaud, avec ses bras tout peinturlurés d’encre de Chine, exerce depuis sept ans dans la ville de Tours, en Indre-et-Loire. Quoique tatoué depuis tout jeune, rien ne le prédestinait à refaire la peau de dizaines de personnes chaque mois. Il avait, initialement, choisi d’être un intermittent du spectacle. Son BTS d’audiovisuel en poche, « Flo » est d’abord monté à la capitale où il a exercé le métier d’ingénieur du son. « Mais voilà, un jour est venu où ma période de chômage s’est prolongée plus longtemps que ce que pouvait le supporter le propriétaire de mon appartement à Paris… » explique le jeune homme avec un léger sourire. Résultat : Retour dans le 37 où Cédric, un ami tatoueur, lui offrait un travail de réceptionniste dans sa boutique. Florent y passera trois ans à prendre les rendez-vous, faire le ménage et à se familiariser avec la stérilisation du matériel.

« Avant de travailler avec lui, je dessinais déjà mais en amateur. J’avais bien quelques esquisses mais je n’osais pas les proposer. Et puis, Cédric s’en est rendu compte et m’a progressivement initié aux techniques du tatoo. J’ai alors acquis les bases qui me manquaient et j’ai pu sauter le pas. Il est un peu mon Yoda et moi son Luke Skywalker. » Mais, avant de devenir un grand maître de l’aiguille, il a fallu s’exercer. Encore aujourd’hui, il remercie ses amis qui ont bien voulu subir ses premiers balbutiements de tatoueur. Passées plusieurs années d’apprentissage, Florent pouvait s’émanciper de son mentor et reprendre la boutique.

Monsieur Patate comme modèle

Emancipé, le jeune papa allait affirmer son identité graphique. Au fil des années, il avait imaginé, dans son coin, une jolie galerie de personnages. Des figures enfantines, souvent de petits animaux, tout en rondeur et aux couleurs vives. Un catalogue aux antipodes de l’imagerie traditionnelle et un peu désuète du tatouage. Chez lui, pas de tête de morts, de têtes de loups ou de lunes pleurant des larmes de sang. Mais des hiboux vert pomme, des lapins rose bonbon et des tas de personnages tout droit sortis d’une imagination enfantine.

« Plus jeune, j’ai beaucoup lu de mangas et chez moi, je ne regarde que des cartoons. J’ai pris le câble pour regarder disney chanel toutes les chaînes de dessins animés ! Je ne regarde rien d’autre, pas même le J.T. Si on me demande ce qui se passe dans le monde, je n’en sais rien ! » Et cette passion le suit partout. De multiples étagères jonchées de figurines et de nombreux posters parsèment les murs colorés de sa boutique. Parmi ces jouets, au moins une dizaine de « Monsieur Patate ». L’un porte un costume de spiderman et un autre l’armure de Dark Vador.

Une singularité qu’il cultive en ne proposant aucun catalogue de modèle. « Je ne fais que de la création individuelle. Je demande à tous mes clients de préparer un dossier le plus précis possible de ce qu’ils veulent. Et, à partir de cela je travaille avec eux pour obtenir un résultat unique et conforme à leurs attentes. » Le jeune homme ne nie cependant pas l’existence de modes. Elles sont notamment impulsées par les sportifs qui sont de plus en plus tatoués. « Le tribal, par exemple, a été une grosse, très grosse tendance. Elle commence à passer… Heureusement d’ailleurs. » Sûr de sa démarche artistique, il ne cesse de peaufiner son style si caractéristique. Refusant de tomber dans la facilité. « Je veux être fier de ce que je fais. Me retrouver dans ce que je tatoue. »

La reconnaissance, finalement

Ce pari était risqué. Mais il semble payer. L’année dernière, il a revendu la boutique de ses débuts pour s’installer dans des locaux plus vaste. Et il dit pouvoir compter sur une clientèle fidèle. Le Tourangeau s’est, par ailleurs, fait une réputation qui va, aujourd’hui, bien plus loin que la ville de Saint Martin. On l’invite à des conventions dans toute la France et à l’étranger. Il intervient une semaine par mois dans un important salon de Nantes.

Et aujourd’hui, cet autodidacte du tatoo pense à aller travailler à Montréal. Il est selon lui trop difficile de gagner sa vie pour un tatoueur. « Les règles qu’on nous impose sont, pour certaines, ridicules. Je ne parle pas de la stérilisation ou de l’emploi d’aiguilles à usage unique qui sont impératifs. Mais, par exemple, nous devrions jeter toutes les bouteilles d’encre après la première utilisation. C’est un manque à gagner énorme. Et aucune règle sanitaire ne justifie ça ! Et, en plus, on n’a pas de statut ; tatoueur, ça n’existe pas comme métier. Alors, on peut être considéré comme artisans, comme professions libérales et des fois les deux. En tout cas, c’est toujours le bordel ! » Mais, avec une vie de famille, il est difficile de sauter le pas.

Maxime Quemener
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