Rencontre avec le déroutant Gianrico Carofiglio

Gianrico Carofiglio (photo Premio Chiara)

Ecrivain, procureur anti-mafia et sénateur, Gianrico Carofiglio a un parcours atypique, une personnalité hors du commun et un talent littéraire incontestable. Auteur de 12 romans et essais traduits dans 18 langues, il dépasse les 2 millions de livres vendus.

Rencontre avec un écrivain de romans noirs, beaucoup plus drôle que ce que l’on pourrait croire.

Démarche assurée et regard fier, il est impressionnant le Carofiglio… On voit le magistrat, l’homme politique avec sa chemise blanche immaculée et la belle montre au poignet. Mais quand on voit ses baskets grises aux pieds, le monstre sacré devient humain.

Il est même beau. Cheveux courts légèrement grisonnants sur les tempes, il est bronzé, svelte et souriant. Il nous parle et on comprend vite, qu’en plus, il est sympa. Il a toujours la blague pour rire. Quand on aborde son succès international et ses traductions en 18 langues, il reste modeste et confie en plaisantant « avoir beaucoup contrôlé la traduction en japonaise (sic), car il faut fare attenzione! ». Il ajoute un « je plaisante » chantant et avoue ne pas parler un mot de japonais. D’ailleurs, son français est hésitant, mieux vaut parler en italien pour le voir encore plus détendu.

De sa voix claire, il explique qu’on lui demande souvent « pourquoi le magistrat est devenu écrivain mais qu’il vaudrait mieux savoir pourquoi un garçon qui voulait devenir écrivain est devenu magistrat ». En effet, son parcours est complexe mais complémentaire car sa vie professionnelle nourrit ses romans (qu’il qualifie de judiciaires plutôt que de policiers) et ses œuvres lui font changer de regard sur son métier. Magistrat depuis 1986, il a travaillé en tant que juge d’instance et conseiller pour la Commission Parlementaire Anti-mafia. Mais face à nous, cet homme n’est pas plus magistrat qu’écrivain. L’écriture n’est pas un passe-temps. Son immense succès international confirme son talent et l’engouement du public pour ses « gialli » (des romans policiers appelés « jaunes »  en référence à la couleur de leur couverture) dont suspense et tension sont les maîtres mots. Depuis 2002 et la publication de son premier roman Témoin involontaire, le succès ne l’a pas quitté. Plus de sept récompenses italiennes et étrangères ont couronné le talent littéraire du père du célèbre avocat Guerrieri. Mais l’écrivain ne s’enferme pas dans le roman « légal-thriller » et a exploré également l’essai et le graphic novel (roman traité sous forme de longue BD). Aujourd’hui, Gianrico Carofiglio dépasse les deux millions de livres vendus dans 18 pays !

 

Un succès bien mérité pour ce grand passionné d’écriture qui emploie presque une métaphore par phrase et qui s’exprime avec un style incontestable. Il aime « saisir la transformation » et façonner les personnages sans formuler des idées philosophiques ou politiques. Toutefois, le sénateur n’influence pas le littéraire. En effet, Gianrico Carofiglio est sénateur pour le Parti Démocratique italien depuis 2008. Mais pas de politique dans ses œuvres. Il se concentre sur l’histoire, les personnages et le lieu. Bari, ville énigmatique qui peuple ses romans, « est à la fois singulière et universelle ; c’est un personnage à part entière et un miroir du protagoniste ».  Mais l’œuvre qu’il est en train d’écrire se passera dans le centre de l’Italie. Il nous confie également que, dans deux semaines, sortira dans la péninsule un essai intitulé La manomissione delle parole (l’altération des mots). Il est joueur et joue avec les mots et ses œuvres car il affirme s’être amusé à écrire le livre imaginaire auquel il avait fait référence dans son roman Les raisons du doute. Il rend l’imaginaire réel et traite ici « des mots usés, vidés par un usage politique inconscient les rendant comme des cocons vides » et veut leur redonner « leur saveur et leur couleur ».

Magistrat, sénateur et écrivain, rien n’est de trop. Tout confirme que nous sommes face à un homme complexe et curieux. D’ailleurs, ce sont sûrement ses multiples casquettes qui ont apporté à ses œuvres, singularité et réalisme. Même s’il avoue ne s’être jamais inspiré directement d’un fait réel rencontré lors de sa carrière de magistrat ou de procureur anti-mafia, il confesse qu’il les « condense dans son imagination ». Son expérience professionnelle est donc un atout sérieux pour ses énigmes judiciaires. D’ailleurs, c’est probablement ce « réalisme » qui pousse de nombreux cinéastes à traduire ses œuvres dans la langue du 7e art.  Mais loin d’être de pâles traductions, ces adaptations cinématographiques donnent une nouvelle vie à son art et un nouveau souffle à sa carrière boostée par sa renommée toujours plus grande.

Surprenant, le Carofiglio. Il est tellement attachant qu’il est difficile d’imaginer que ce gentleman poète est aussi procureur anti-mafia, sénateur et qu’il écrit des romans dans la veine du « légal-thriller». Finalement, même si on voit la chemise en premier, il ressemble plus aux baskets…

 

Valentine Patry
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