Saint Barthélemy, ou l’oisiveté ambiante. Portrait d’une cité des quartiers Nord de Marseille.

Sans vie associative, sans intervention des pouvoirs publics, ce quartier de Marseille a un air de ville fantôme. Les habitants connaissent parfaitement le rythme de vie ‘métro-boulot-dodo’. Les jeunes, eux, s’occupent comme ils peuvent…

« Il n’est rien qui ne s’arrange par la pratique du non-agir ». Cette maxime de Confucius est le titre du livre blanc écrit par le « Collectif citoyens, logement et cadre de vie », un groupement d’associations et d’habitants du Grand Saint Barthélemy. Dans ce quartier du 14ème arrondissement de Marseille, la maxime prend tout son sens. Les pouvoirs publics semblent adeptes du « non-agir » à Saint Barthélemy, ce qui n’arrange rien.

« Il n’y a plus rien ici. Le centre social est fermé depuis cinq ans. Avant, il y avait une association qui organisait des sorties VTT. Elle est fermée. Aujourd’hui, il ne nous reste que deux cages de foot pour jouer avec les collègues ». Nadir a 25 ans, et il ne sait pas quoi faire dans son quartier, où le taux de chômage avoisine 35% et où environ la moitié des 18000 habitants a moins de 25 ans.

Alors, il « zone » avec des amis devant les barres d’immeubles, ce qui suscite bien des commentaires: « les gens qui passent nous voient devant les barres, et croient qu’on ‘deal’. Mais c’est faux. On reste là juste parce qu’on n’a rien à faire ». Pas de terrain de sport, pas de piscine, pas de patinoire, pas de cinéma. Des barres d’immeubles et des espaces verts abandonnés, voilà ce qui jonche le quartier.

Manque de moyens

Christian Petit, agent développeur du « Collectif citoyens, logement et cadre de vie », confirme ce triste constat. « Le lieu commun, c’est Carrefour. Il n’y a rien d’autre à faire », nous dit-il, avant d’ajouter : « Qu’on ouvre des stades ! Qu’on ouvre des piscines ! ».

M. Petit est également salarié à la Maison des familles et des associations du 14ème arrondissement. Ce centre social agit, selon ses moyens, pour améliorer les activités sociales des habitants du quartier. Des voyages sont organisés pour les parents, des activités sportives pour les enfants. Des ateliers sur des thèmes précis, souvent sociaux, sont mis en place, pour que les habitants osent prendre la parole. Ce n’est donc pas la volonté qui manque.

Ce qui manque, en revanche, ce sont bel et bien les moyens. L’association reçoit de moins en moins de subventions de l’État. Le nombre d’employés se réduit, et c’est le nombre d’activités qui en subit les conséquences. Ce sont également les associations elles-mêmes, à l’image du centre social du quartier de Nadir, qui ferment parfois. Toujours pour raisons financières.

Saint Barthélemy paraît alors sans vie. Celle de ses habitants devient de fait des plus moroses. « J’en ai marre », nous dit Tarik, 39 ans. « Je ne parle à personne ici. Et puis il n’y a pas de vie associative… ». Son souhait ? S’en aller au plus vite de ce quartier. Non pas parce qu’il est dangereux, mais parce qu’il a l’impression de ne pas vraiment vivre. Mais il ne peut pas : « Je dépose des dossiers pour des appartements, très souvent. Mais à chaque fois, c’est refusé ».

Le mal-être de Tarik semble partagé par d’autres. Mohamed habite à Saint Barth’ depuis huit ans, sans vraiment y vivre non plus : « Je ne passe qu’en voiture ici. Je vais au boulot, et après je rentre, c’est tout ».

Mal-être, ennui, frustration

Mais un jeune, par essence, ne peut se contenter de ça. Il a besoin de s’occuper, de sortir, de faire du sport. Et quand il n’y a rien de tout ça, il faut bien trouver une compensation… « L’oisiveté n’est pas bonne. C’est l’oisiveté qui entraîne tant d’incivilités », explique Christian Petit. « Quand ils voient une carcasse de voiture, ils s’occupent en cassant les vitres… Et puis y’en a un qui dit ‘Si on la brûlait?’, etc. ».

Selon Mohamed, il y a pire: « Quand les parents et les enfants n’ont rien à faire, c’est simple: la mère et le père vendent du shit, les enfants surveillent la police… ».

Le mal-être, l’ennui, la frustration, voire le sentiment d’aliénation des habitants de ce quartier restent bien présents. Et la situation tend malheureusement plus à s’aggraver qu’à s’arranger. L’oisiveté des autorités, finalement, entraîne l’oisiveté des habitants.

Et, comme le disait Victor Hugo, « l’oisiveté est le plus lourd des accablements »…

Erwin Canard
Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s